Les Issers


Aller au contenu

Conquete de la Kabylie

Retrospective

  Traduire cette page :  de  
  

LA CONQUÊTE DE LA KABYLIE


LA CONQUÊTE DE LA KABYLIE

La soumission de la Kabylie avait été amorcée par Bugeaud, qui, en 1844, avait réduit les Flissas, c'est-à-dire le massif montagneux compris entre l'Isser et le Sebaou et en 1847 avait soumis la vallée du Sahel. Le massif kabyle se trouvait ainsi enveloppé et surveillé;» nous étions en situation d'attendre le meilleur moment pour l'attaquer et le réduire». Randon, dès son arrivée au gouvernement général, avait réclamé une expédition en Kabylie; pour lui, la question de la soumission des Kabyles primait toutes les autres :
" Ces peuples, dit-il, conservaient aux portes d'Alger une indépendance toujours fâcheuse pour la tranquillité de notre colonie et qui, si une guerre européenne éclatait, pouvait devenir un très sérieux danger, car, par leurs montagnes dont le pied baigne dans la mer, ils recevraient des agents ennemis de la poudre et des armes et feraient de leur pays le foyer d'une insurrection générale.
"
En 1832, Randon soumit au gouvernement deux projets d'expéditions, l'un contre Collo, l'autre contre la Kabylie du Djurjura et insista vivement pour l'adoption du second; mais le ministre préféra le premier. On se borna à des travaux de routes, destinés à resserrer le blocus autour des Zouaoua. En 1853, l'expédition du Djurjura fut encore ajournée et deux colonnes, commandées par Mac-Mahon et Bosquet, opérèrent seulement dans la Kabylie des Babors, entre Sétif et la mer.En 1854 eurent lieu d'importantes opérations dans la vallée du Sebaou. Mac-Mahon, par une marche audacieuse, à travers des difficultés matérielles de toute nature, pénétra au cœur de la Kabylie et occupa le Sebt des Aït-Yahia. Le lendemain 17 juin, son camp était attaqué par plusieurs milliers de Kabyles Aït-Menguellet, dont on obtint la soumission après de violents combats. La campagne avait coûté 900 officiers ou soldats tués ou blessés.L'expédition de 1854 est, après celles de 1844 et de 1847, le troisième coup porté à la Kabylie. Grâce à cet acte de vigueur, la tranquillité ne fut pas sérieusement troublée pendant la guerre de Crimée, malgré la réduction des effectifs de l'armée d'Afrique. Mais la situation européenne obligeait évidemment à ajourner toute opération importante. On se borna à faire des études préparatoires sur le pays, sa population, sa constitution sociale, à exécuter de nouveaux travaux de routes et des ponts sur le Sebaou, à renforcer les postes de Tizi-Ouzou et de Dra-el-Mizan. En 1856, une vive agitation, dont le centre était la zaouïa de Sidi-Abd-er-Rahman-bou-Kobrin, chez les Guechtoula, se manifesta en Kabylie; El-Hadj-Omar, oukil de cette zaouïa très vénérée des Kabyles, remplaça à la tête du parti de la résistance le chérif Bou-Baghla, tué l'année précédente; il essaya vainement de s'emparer du poste de Dra-el-Mizan. Les troupes qui commençaient à rentrer de Crimée furent envoyées en Kabylie et opérèrent dans la région de Boghni avec Yusuf et Renault. " Nous ne pouvions, dit Randon, continuer plus longtemps cette guerre d'observation. C'était à la fois faire preuve d'impuissance vis-à-vis des Kabyles et accroître la confiance qu'ils avaient dans leur force. Les expéditions des années précédentes nous avaient donné une connaissance exacte du pays. Les régiments arrivant de Crimée formeraient des têtes de colonnes incomparables. Si on différait, la réduction des effectifs de l'armée, la libération des vieux soldats, le remplacement des anciens régiments par de nouveaux constitueraient un état de choses différent et des conditions moins favorables. "Le ministre de la Guerre montrait encore quelques hésitations. Randon, récemment promu maréchal de France, se rendit a Paris et réussit à convaincre l'Empereur, qui ordonna l'expédition du Djurjura pour le printemps de 1857.Le gouverneur, qui, en outre de cette autorisation, rapportait l'approbation du programme des chemins de fer, fut à son retour fêté par les colons.Le corps expéditionnaire comprit 27 000 hommes, répartis en quatre divisions, dont trois dans la vallée du Sebaou commandées par Renault, Yusuf et Mac-Mahon, une dans la vallée du Sahel commandée par Maissiat ; Tizi-Ouzou était la base d'opérations. Le 19 mai, le gouverneur général vint prendre le commandement des troupes.Au milieu du chaos de vallées profondes et de mamelons qui constituent le massif des Zouaoua, il existe une arête plus continue que les autres ; partant du col de Tirourda, elle passe par le Sebt des Aït-Yahia , par l'Arba des Aït-Iraten , puis s'abaisse brusquement sur le Sebaou par des pentes abruptes et difficiles à gravir. C'est l'axe de la Kabylie, la ligne dont il fallait s'emparer pour pacifier les tribus comprises entre la vallée supérieure du Sebaou et celle de l'Oued Djemaâ.Le 24 mai, les trois divisions parties de Tizi-Ouzou commencèrent à gravir les rudes escarpements du massif des Aït-Iraten ; la distance à franchir n'était que de quelques kilomètres, mais la différence de niveau atteignait plus de 800 mètres. Les Kabyles, profitant avec un instinct merveilleux des obstacles naturels, y avaient ajouté une série de retranchements et défendirent énergiquement leurs villages, qu'il fallut enlever à la baïonnette après des combats corps à corps. Cependant le soir les troupes occupaient les crêtes jusqu'à une portée de canon de Souk-el-Arba.La lutte recommença le 25 avec le même acharnement. Mais, vers trois heures de l'après-midi, on vit les Kabyles se disperser dans toutes les directions en déchargeant leurs fusils; c'étaient les contingents fournis par les autres tribus que les Ait-Iraten renvoyaient chez eux. Le lendemain, eux-mêmes, ayant perdu 1 800 hommes, entraient en pourparlers et faisaient leur soumission. Ils reconnaissaient l'autorité de la France, s'engageaient à payer une contribution de guerre et à livrer des otages; ils consentaient à ce qu'on élevât des bordjs dans leur pays; dans ces conditions, ils obtenaient de conserver leurs institutions municipales, leurs djemaâs, leurs amins et leurs kanouns, auxquels ils étaient si passionnément attachés.Randon décida d'élever à Souk-el-Arba un fort permanent, auquel il donna le nom de Fort-Napoléon; c'était " une épine plantée au cœur de la Kabylie n, qui verrait ainsi gravée sur son sol notre volonté de conserver notre conquête. Le 14 juin, jour anniversaire du débarquement des Français à Sidi-Ferruch, la première pierre fut posée et avant l'automne, l'enceinte et le casernement étaient terminés. En dix-huit jours, une route de 25 kilomètres, dans ce pays prodigieusement difficile, fut construite de Tizi-Ouzou à Souk-el-Arba sous la direction du général de Chabaud-Latour, travail qui compte parmi les plus beaux qu'ait accomplis l'armée d'Afrique.La tribu la plus puissante avait posé les armes ; d'autres encore restaient debout et le 24 juin nos troupes se remettaient en mouvement. Les Kabyles s'étaient concentrés à Icheriden, village qui barre le passage de l'Arba des Aït-Iraten au Sebt des Aït-Yahia ; ils y avaient élevé des retranchements faits avec beaucoup de soin et d'intelligence; Mac-Mahon livra là un des plus rudes et des plus sanglants combats qu'il y ait eu en Afrique. Le lendemain, les divisions Yusuf et Renault s'emparaient des villages des Aït-Yenni sans rencontrer beaucoup de résistance, en même temps que la colonne Maissiat faisait son apparition au col de Chellata. Les tribus, acculées au Djurjura, n'avaient plus qu'à se soumettre. Les dernières qui firent parler la poudre furent les Aït-Ithourar, les Illoul-ou-Malou et les Illiten, les plus sauvages du Djurjura, qui habitent à l'est du col de Tirourda.On s'empara de la maraboute Lalla-Fathma, qui avait prêché la guerre sainte, et à partir du 12 juillet, il n'y eut plus en Kabylie aucun village, aucun territoire qui ne reconnût notre autorité. La campagne s'était accomplie en quarante-cinq jours (19 mai-12 juillet) ; elle nous avait coûté 1500 officiers ou soldats tués ou blessés.Les Kabyles versèrent en six semaines plus de 2 millions d'indemnités de guerre. Une fois le prestige de l'inviolabilité de leur territoire dissipé, notre volonté d'être maîtres du pays bien constatée, les Kabyles se soumirent et cette soumission fut d'autant plus sincère que notre domination n'apporta pas trop de changements à leurs usages et à leurs institutions; les amins continuèrent à être nommés par les villages, l'autorité militaire se réservant un droit de validation et d'approbation.C'est seulement après l'insurrection de 1871 que l'ancienne organisation kabyle disparut. Cette organisation fut étudiée par le général Hanoteau, longtemps commandant supérieur de Fort-Napoléon, auquel il fut donné de l'observer alors qu'elle était encore intacte; il la décrivit en collaboration avec un magistrat, M. Letourneux, dans un ouvrage qui a ouvert la voie à tous ceux qui se sont occupés des populations sédentaires de l'Afrique du Nord

Haut de la page

Page d'accueil | Retrospective | Histoire et Geographie | Population | Portrait | Economie | Enseignement et Sante | Communication | Sport et Culture | Musique | Divers | Gallerie | Commentaires | Liens-Partenaires | Plan du site


Aujourd'hui 07 Sep 2008 , , Copyright © Youcef.M ,Les Issers-2007 | les-issers@livesync.com

Retourner au contenu | Retourner au menu